
Depuis l’adolescence, j’ai toujours manifesté un grand intérêt pour l’image.
Comme beaucoup de trentenaire aujourd’hui, j’ai longtemps été un grand consommateur de vidéos, disciple assidu et sans exigences des programmes offerts par la télévision. Tout ça, bien entendu, avant la fréquentation avisée des salles obscures, histoire de me dire que j’étais cinéphile.
Quand le film me plaisait, je regardais qui l’avait fait, pour me souvenir de son nom et m’inventer ma propre cinéphilie. J’établissais des classements, jouais au critique, et m’imaginais, avec une prétention infinie, être capable de faire tout aussi bien que mes nouvelles idoles.
Ma première rencontre avec un caméscope a rapidement calmé mon enthousiasme. Cadrer une scène, capter un dialogue s’avéra assez compliqué et je fus très vite déçu du résultat. C’était décidé, je ne ferai pas de cinéma, car rien, mais rien de ce que j’avais produit ne me sautait au visage pour me dire : vas-y, fonce, tu es doué pour cela.
Le déclic vint plus tard, à l’université, lorsque je décidais de suivre des cours d’analyse de film dans le cadre de mes études littéraires et plus particulièrement le jour où je pus lire cette célèbre phrase de Marshall MacLuhan, « the medium is the message ». (Le support est le message), détourné plus tard par un de mes cinéastes préférés, Peter Greenaway, qui lui préféra une tournure inversée : the message is the medium ». Cette phrase fut pour moi absolument déterminante.
Pour la première fois, je m’interrogeais sur la place du support, et particulièrement sur le fétichisme longtemps entretenu par les cinéphiles sur l’indiscutable nécessité de faire du cinéma sur un support pellicule. Comme s’il semblait y avoir une inextricable liaison charnelle entre le cinéma et son mode d’enregistrement, avec, simultanément, ce paradoxe bouleversant que ne pouvait être cinéma que les productions enregistrées sur film.
J’étais si enthousiaste que je n’arrivais pas à comprendre pourquoi mes plus talentueux camarades se rongeaient les sangs pour s’avouer, désespérés, qu’ils se savaient condamner à ne jamais pouvoir financer leur film, faute de pouvoir se payer un kilomètre de pellicule super 16.
En plus, parmi ceux qui ont eu la chance de pouvoir participer à des courts-métrages pellicule (sans jamais aucune rémunération, quelle insulte !), combien sont revenus têtes basses, les vrais gens du métier leur ayant fait comprendre qu’ils étaient au mieux de simples faiseurs et qu’ils restaient loin, très loin de cet art qu’on appelait cinéma.
Ma position fut donc radicale : j’optais, presque par choix idéologique, pour la vidéo, abandonnant catégoriquement toute possibilité, et même toute envie, de réaliser un film en pellicule. Je me persuadais qu’à défaut de réaliser un film et de risquer de n’être rien, je me réaliserai plus facilement en tant que vidéaste, ce qui, il faut bien le dire, m’intéressait tout de même beaucoup plus...
Il faut dire que la démocratisation des moyens de production commença à entraîner un bouleversement des mentalités : Grâce au numérique, il était possible de réaliser des images sans passer par la case cinéma.
La révélation fut totale, la passion définitive : le messie s’appellerait mini-DV, ses disciples Premiere 2.0 et Digital Performer le suivraient de près, et formerait le team de toutes mes espérances.
Le vidéaste Samuel Estrade était né.
Il ne restait plus qu’à écrire produire des sujets. Les écrire, les filmer, les monter, les distribuer pour les faire voir.
Parallèlement à mon activité professionnelle en tant que vidéaste réalisateur de films institutionnels, je décidai donc de me lancer en 2004 dans l’aventure.
Non pas que je fusse investi d’un message à transmettre ou qu’il me prît l’envie de faire partager ma vision du monde.
J’aurai alors été bien embêté, n’ayant pas forcément grand chose à dire. Fort heureusement, j’ai rencontré des gens qui méritaient bien qu’on parle d’eux avec un film.
Mes productions actuelles m’ont été inspirées par des personnes remarquables, bien plus « personnage de cinéma » que ne l’ont parfois été un Gabin ou un Ventura, ou encore par la magie ou la beauté de certains lieux.
N’hésitez pas à me témoigner vos impressions, vos remarques, vos critiques.
A bientôt, sur www.comdiaproductions.fr
Samuel Estrade